avril 2011

vendredi 8 avril 2011

Rue de la Roquette

L’après-midi commence, au square de la rue de la Roquette. La belle que voilà et son ample robe se sont évanouies en emportant les restes du pique-nique ; il y a déjà belle lurette qu’elles ont rejoint le tabouret de piano sur lequel elles se déploient, chacune à sa façon. Moi, je les ai suivies du regard jusqu’au moment où elles ont fondu dans la lumière ; elles m’ont laissé une jolie persistance rétinienne. Allongé sur l’herbe, je déguste un vieux Vautrin en attendant de rejoindre un travail qui me rend vivant, à défaut d’être suffisant pour me faire vivre. Pas très loin de moi, un couple s’embrasse sur le gazon. Un autre est comme enroulé en spirale : lui, à demi-allongé, le buste tourné...

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dimanche 10 avril 2011

Au bois de Vincennes

Le crissement des roues sur le chemin, les brindilles qui craquent, les grincements mécaniques. Les parfums de fleurs, de miel, d’herbes fumées. Les couloirs bordés de châtaigniers où l’on croit s’enfoncer dans des vapeurs de guimauve, tellement l’air y est sucré. L’odeur d’humus séché, comme une traînée d’encens. Les troncs d’arbres couchés qui donnent envie de s’asseoir un moment. Les clairières ouvertes et accueillantes comme des lits frais. Les feuillages et leur camaïeu de verts, les touffes d’herbe hirsute, les pétales amoncelés sur le sentier. Les vrombissements d’insectes au coin du tympan. Une sueur légère, presque cosmétique, rafraîchie par le souffle qui gonfle le t-shirt. Le...

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mercredi 13 avril 2011

La vie déliée

La mémoire, c’est comme les volcans. Parfois, on croit que c’est éteint, tout froid, cendreux. On se fie au faux-air tranquille de la couche de grisaille qui recouvre gentiment le tout ; mais, au moment où on s’y attend le moins, les souvenirs surgissent en bouillonnant. Et, parfois, ils ne vous sautent à la gueule que pour vous submerger d’une colère intacte. Hier, c’est sournoisement cachée derrière le carton-pâte de la fiction que celle qui aurait dû éclater il y a quatorze ou quinze ans m’est revenue en mémoire, à pas feutrés. D’abord, j’ai cru que c’était une idée de nouvelle qui me tombait dessus. Je l’ai vaguement scrutée, en me méfiant ; c’est que je ne suis pas d’humeur à me laisser...

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