novembre 2011

samedi 12 novembre 2011

Frites allemandes (feuillets d'infra #1)

Temps jaune et bleu à Paris, aujourd’hui. Au bois de Vincennes, le soleil d’automne allume les feuillages et fait soupirer le sol humide. Des odeurs de résine, d’humus et de feuilles mortes flottent en strates, ainsi qu’un étrange parfum de céleri. Et des traces de feu de bois, aussi ; comme pour rappeler que des êtres humains vivent ici, leurs tentes cachées au creux des bosquets. Autour de la plus grande, les habitants ont installé des jardinières de fleurs. Le lac brille façon inox, avec des scintillements qui dansent à la surface, comme des lucioles sous acide. Je n’ai pas envie de décoller et je m’en veux de n’avoir pris ni repas, ni livre : ce serait tellement bon de passer la journée...

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dimanche 13 novembre 2011

Déchiffrage (feuillets d'infra #2)

J’adore quand la belle que voilà s’assoit devant le piano. Mais on dirait que ça la gêne un peu, que je sois là. Elle a un petit sourire embarrassé : « C’est juste du déchiffrage, il ne faut pas faire attention. » Alors je ne fais pas attention et je lâche la bride à mes pensées qui cavalent (bon, je ne dis pas qu’il ne m’arrive jamais de gober une mesure ou deux au passage, hein : la tentation est trop grande, quand ces trucs-là s’attardent en suspension). Lorsque le piano résonne, le lit s’ébroue. Couverture au vent, il se la joue chauffeur de tapis volant, clin d’œil complice et voix granuleuse : « Okay, dude. C’est toi qui décides où on va. Prêt pour le grand huit ? » Et hop, on décolle...

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lundi 14 novembre 2011

Mimétisme (infra #3)

“Pardon, monsieur. Vous pourriez me dépanner d’une cigarette ?” Quand tu viens tout juste de débarquer à la capitale, tu dis “oui, bien sûr !” et tu tends la cigarette au monsieur — parce que le manque de nicotine, hein, c’est dur, tu sais ce que c’est… Les jours passent. Moins d’une semaine plus tard, tu t’entends répondre : “Ah non, désolé : vous êtes le dixième à demander en dix minutes, y en a plus dans le paquet”. Et puis, au fil des mois, tu finis par dire non, tout simplement : — Pardon, m’sieur. Vous pourriez… — Non ! À la fin, tu ne réponds même plus, tu te contentes de secouer une tête excédée en passant ton chemin. En un an et demi, tu n’as pas vu que tu étais devenu comme les...

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mardi 29 novembre 2011

Des lumières et des gens (infra #4)

C’était un soir de la semaine dernière, je sortais d’un rendez-vous de boulot. J’avais bien travaillé : je venais de passer un paquet de journées à écrire un livre de commande et la ligne d’arrivée approchait enfin. J’étais épuisé, j’avais un peu mal aux tempes, mais je me sentais incroyablement léger. Au-dessus du boulevard de Charonne, le ciel était violet. Et moi, je glissais sur un coulis de lumière : les réverbères des rues adjacentes, la lueur des globes plantés sur le terre-plein, un néon prune au loin, des guirlandes rouges et jaunes aux terrasses… En découvrant qu’un bistrot du quartier s’appelait L’Évidence, j’ai joué un peu avec son nom : les vies denses ? Les vits dansent ? J’ai...

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