Va voir Henri

Ami·e lecteur·trice, tu me connais, je fais pas souvent dans l’injonction. Mais là, je te le répèterai jusqu’à ce que ça rentre : va voir Henri, le merveilleux film de Yolande Moreau.

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Et je t’en supplie, ne regarde pas la bande-annonce sur Allociné : cette bouse déflore le film et va t’en gâcher l’une des scènes les plus émouvantes. Non, vas-y plutôt comme ça, avec ton humeur du jour, avec tes soucis, avec ton angélisme ou ton cynisme, bref, avec ce que tu es et ce que tu as. Ça suffira. Crois-moi. Qui que tu sois, tu en sortiras transformé·e.

De Yolande Moreau, j’avais adoré Quand la mer monte, qui racontait une jolie parenthèse dans une vie de tournée. Mais ce film-là, j’avais l’impression qu’il s’adressait tout particulièrement aux habitués de cet état d’âme bizarre qui vous effiloche le ventre, quand vous êtes sur la route. Il montrait des plateaux de théâtres où j’ai travaillé, des paysages que j’ai arpentés, des instants frêles et magiques que j’ai souvent vécus, des doutes qui m’ont assailli tant de fois. Je savais confusément que c’était un beau film, mais je me suis toujours demandé si je le trouvais beau parce qu’il l’était, ou plutôt parce qu’il me tendait le miroir d’une intimité que je n’ai jamais montrée à personne.

Henri, c’est différent. Henri, c’est 1h45 de délicatesse, d’humanité, de chaleur d’être, d’envie d’aimer et d’universalité. Je ne sais pas comment elle fait, Moreau, pour atteindre cette profondeur sereine, cette beauté dans le regard, cette justesse incroyable. J’ai eu la chance de l’entendre parler lors d’une avant-première du film dans ma ville de province, et ce soir-là, j’ai eu le sentiment qu’elle fait les choses, tout simplement. Sans fausse modestie, sans bons sentiments suintant de sucre, sans chichis ni complaisance, et surtout sans autre ambition que de montrer des êtres humains vivre des histoires d’êtres humains.

Alors ils sont beaux, ses personnages. Magnifiques d’imperfection, de maladresse et d’hésitations tremblées. Filmés par un lourdaud, ils frôleraient facilement le grotesque. Mais sous sa caméra à elle, ils sont lumineux.

“Et le pitch ?”, vas-tu me demander (car tu es taquin·e). Bin c’est pas compliqué : c’est l’histoire du sourire qui revient sur les lèvres d’Henri, un quinquagénaire dépressif occupé à dissoudre dans la bière sa vie en cul-de-sac, et sur celles de Rosette, une jeune handicapée légère qui rêve de romance et d’évasion.

Voilà, c’est tout.

Mais putain, qu’est-ce que c’est bienfaisant.

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