mardi 5 avril 2016

Le blindé devant le camion à gaufres

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Un tag sur un abri-bus au Mont des Arts

C’est mon dernier séjour à Bruxelles chez le Xave : cet énergumène s’apprête en effet à quitter son appartement pour rejoindre sa belle tout au bout du bout du monde, comme il l’a récemment annoncé sur son blog. Ce même blog (à l’époque, on disait “site perso”) que je lisais il y a 17 ans, lorsqu’il nous racontait son installation dans cette ville que j’aimais déjà passionnément.

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Vue depuis la place de la Chapelle

La première fois que j’ai rencontré Bruxelles, en 1998, elle m’a ébloui comme ces femmes qu’on désire puissamment, sans savoir pourquoi, juste parce qu’on sent une connivence indéfinissable. Je pensais devoir lui faire une cour empressée, mais je n’ai pas eu à attendre qu’elle se dévoile : Bruxelles, c’est une ville facile, pas exclusive, toujours prête à se donner à ceux qui l’aiment.

Depuis, je n’ai jamais cessé de l’aimer. Je l’ai espérée, je m’y suis émerveillé. J’y ai ressenti une tendresse à l’ironie légère. J’y ai plongé dans le lâcher-prise hilare. Elle sait tout de moi et de mes émotions. Et aujourd’hui, chaque rue, chaque place, chaque station de tram ou de métro m’offre un feuilletage de souvenirs où s’entremêlent de vieilles joies, l’écho de rires assourdis, parfois un soupçon de nostalgie ou de regrets doux-amers, mais toujours de l’envie. Peu à peu, elle est devenue une vieille amante avec qui on se connaît si bien qu’il n’y a plus besoin de mots au moment des retrouvailles.

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La une du numéro spécial du Soir sur les attentats

Ça ne fait qu’un peu plus de 24 heures qu’on s’est revus, elle et moi, mais je la trouve fatiguée. Assagie. Presque silencieuse. Hier après-midi, les habituels flots de touristes de la Grand-Place étaient quasi taris. La veille au soir, la file d’attente à la friterie Antoine m’avait déjà semblé plus courte que d’habitude. Et puis il y a tous ces blindés kakis en ville : devant le Palais de Justice et le Musée Juif, bien sûr, mais aussi dans les ruelles, dans les impasses. À la station Louise hier, il y en avait un juste devant le traditionnel camion à gaufres.

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Devant le Palais de Justice

Oh, bien sûr, il reste l’arôme du café aux tables en bois des bistrots, les reflets d’or de la Triple Karmeliet, le parfum de graisse de bœuf et les frites croustillantes. Et puis la ville va sortir de cette demi-torpeur et s’animer aux beaux jours. Et puis je reviendrai bientôt. Mais pour la première fois depuis 17 ans, ce ne sera plus la ville du Xave. J’ai l’impression d’entendre le froissement délicat de la page qui se tourne.

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Le cœur endeuillé de la STIB, la société de transports publics

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